Cérémonie du thé

Blog thé

Vous voulez être un invité modèle ?

 

 

Ceci est à destination des perfectionistes (ou des pratiquants...).
Surtout ne lisez pas si vous venez pour la première fois !!!!
Le plus important est la présence. Le reste...

 

En arrivant dans la pièce à thé :

Lorsque je rentre dans la pièce à thé, je pose mon éventail (partie en bois dessus, l’axe de l’éventail étant situé à droite)et je salue. Ensuite, je vais me placer devant le Tokonoma(là où se trouvent le bouquet et/ou la calligraphie).

 Je place mon éventail  devant la calligraphie, puis je salue, mains placées sur le sol entre mes genoux et l’éventail. Gardant les mains sur le sol, je regarde la calligraphie sur rouleau en admirant la beauté, l’énergie qui émane des caractères et, éventuellement, leur sens. Ce sera l’occasion d’échanges avec le maitre de thé lorsque celui-ci entrera dans la pièce.

Ensuite j’entre dans le tatami du maitre de thé par son extrémitépour aller observer les objets déjà présents pour la cérémonie du thé. Généralement ce sont : la bouilloire et le pot d’eau froide. Je place de nouveau mon éventail sur le sol entre la bouilloire et mes genoux. Je salue. De nouveau, en gardant les mains sur le sol, j’observe. 

Enfin je vais à ma place. Le premier invité a entre autres rôles de poser les questions, d’échanger avec le maitre, de consulter les autres personnes pour décider lorsqu’on arrête de préparer des bols de thé… Sa place est celle qui est la plus proche du Tokonoma. Le deuxième invité sera généralement à sa gauche. Et ainsi de suite.

 

Avant de boire le bol de thé :

Remarque importante : Généralement, tout le monde commence à prendre son gâteau en même temps que le premier invité. Si le maitre de thé ne donne aucunes indications, le premier invité commence son gâteau juste avant que le maitre introduise le thé dans le bol.

 

Lorsque le maitre de thé place un bol à l’extérieur de son tatami de préparation :

La face avant du bol est orientée vers les invités. Si je suis le premier invité, ce bol est pour moi. Si mon voisin de droite a déjà bu, ce bol est aussi pour moi.

Je vais donc le chercher.

Pour cela :

  • je me lève,
  • je sors du tatami droit devant,
  • je marche vers le bol selon la ligne la plus directe,
  • je m’assois,
  • je prends le bol avec la main droite et le pose dans ma main gauche,
  • je me lève et me tourne pour regagner ma place.

 

Boire le thé:

- devant moi le champ est libre. Le papier (dit kaishi) sur lequel était le gâteau a été rangé. Soit j’ai déjà mangé le gâteau, soit j’ai fait glisser gâteau et kaishi à ma droite sur le tatami. 

- je pose le bol devant moi à l’extérieur des bandes du tatami sur lequel je suis assis.

- je réarrange mes vêtements 

- je prends le bol de la main droite, le pose sur ma main gauche puis le dépose sur le sol à l’intérieur de notre tatami, entre mon voisin de droite et moi. Je pose mes mains sur le sol devant moi, je salue cette personne en tournant légèrement la tête vers elle et je dis « Oshoban itashimasu » (je bois avec vous). Il ne répond rien ou peut-être « doozo » (je vous en prie).

- je reprends le bol de la main droite, je le sécurise en le posant sur ma main gauche, puis je le dépose à l’intérieur de notre tatami, entre mon voisin de gauche et moi. Je pose mes mains sur le sol devant moi, je salue cette personne en tournant légèrement la tête vers elle et je dis « Osaki ni »  (je bois avant vous). Il ne répond rien ou peut-être « doozo » (je vous en prie).

- je reprends le bol de la main droite, je le sécurise sur la main gauche et je le pose à l’intérieur du tatami devant moi. Je salue en direction du maitre de thé en disant « Otemae chodai itashimasu » (littéralement « je bois ce thé que vous m’avez préparé », ou plus simplement « merci pour ce thé »). Si le maitre de thé est disponible il saluera, sinon il fera un signe de la tête.

- je reprends une dernière fois le bol de la main droite, je le sécurise en le posant sur la main gauche, je le lève en direction du ciel (pas trop haut, c’est un mouvement léger, pas au-delà de mon front. Je le ramène à hauteur de ma poitrine, je tourne deux fois de 1/8 de tour dans le sens des aiguilles d’une montre afin que la face avant soit à gauche.

- Je bois en 3 ou 4 gorgées. La dernière gorgée, je penche bien le bol, pour tout boire et j’aspire délicatement la dernière goutte.

- Pouce et index de la main droite viennent essuyer la lèvre du bol en la pinçant là où j’ai bu  et je viens essuyer ce liquide résiduel sur un kaishi (papier blanc) situé dans mon kimono.

- Je ramène l’avant du bol devant moi (deux petits mouvements dans le sens inverse des aiguilles d’une montre), je pose le bol devant moi à l’intérieur du tatami.

 

Remarque 1 : Ce processus se déroule à l’identique en toute situations où je bois un thé léger. Une petite nuance lorsque les invités sont situés à gauche du Teishu (le maitre de thé), comme c’est le cas  au pavillon de thé de Coplet. Dans ce cas, on tourne le bol avant de boire dans le sens inversedes aiguilles d’une montre.

Remarque 2 :  le verbe faire en japonais se dit « shimasu » en forme polie et « itashimasu » en forme très polie. Par exemple « otemae chodai shimasu » ou bien « otemae chodai itashimasu ». On utilise l’un ou l’autre ; c’est à soi de sentir…

 

Explorer le bol :

  • je place mes mains à plat de chaque côté du bol et j’observe sa forme globale
  • j’appuie mes coudes sur les genoux et je prends le bol pour étudier sa forme. Comme le liquide a été totalement bu, il ne risque pas de couler sur le tatami. C’est l’occasion d’échanger avec le maitre de thé sur l’origine du bol, le four,… Ces échanges sont surtout le privilège du premier invité. Les autres invités écoutent. Inutile de reposer des questions qui ont déjà été répondues…
  • de nouveau, je place le bol sur le sol, face avant devant moi. Je pose mes mains de part et d’autre du bol pour en observer une dernière fois la forme globale. Je fais cela rapidement mais sans précipitation bien sûr.

 

Rapporter le bol :

  • le prends le bol, je me lève.
  • Je sors de mon tatami et suivant la ligne la plus directe, je rapporte le bol au maitre de thé. Arrivé à cet endroit, je m’assois, je tourne le bol dans le sens inverse des aiguilles d’une montre pour placer la face avant du côté du maitre.
  • Je pose le bol sur le sol au lieu exact où je l’avais pris.
  • Je retourne à ma place pour m’assoir.

 

Terminer la session :

  • Lorsque le premier invité veut indiquer au maitre de thé que la session peut se clore, il lui dit « doozo oshimai kudasaimase» (qui signifie « je vous en prie, vous pouvez clore ») en le saluant. Il dit cela au moment précis où le maitre de thé vient de rincer le bol, après qu’il ait vidé l’eau de rinçage et avant qu’il ne sèche le bol. Seul le premier invité salue. Le maitre de thé répond en silence par un léger salut de la tête en posant l’extrémité de ses doigts de la main droite sur le tatami, juste devant son genou droit. Il garde toujours le bol dans la main gauche.
  • Le maitre de thé pose ensuite le bol sur le sol ou sur le plateau. Alors, tout le monde se salue. Le maitre de thé le fait en disant « oshimai sasete itadakimasu » (littéralement « je reçois de vous le fait de me faire terminer »)

 

Voir le pot et la cuillère :

  • Lorsque le rangement des objets est terminé ; avant que le maitre de thé ne remporte le Kensui, vase d’eau de rinçage, le premier invité peut demander à voir les objets les plus importants qu’il n’a pas pu voir : le chaki, pot à thé, et le chashaku, cuillère à thé. Pour cela il demande « goryouki haiken onegai shimasu » (qui signifie « puis-je voir les deux objets s’il vous plait ? »).
  • Le maitre de thé salue sans un mot. Il poursuit ce qu’il en train de faire puis dispose le chaki et le chashaku de l’autre côté du tatami.
  • Les invités ne touchent pas ces objets tant que le maitre de thé est dans la pièce et qu’il n’a pas remporté tous les autres objets de la pratique.
  • Lorsque le maitre de thé est dans la mizuya, le premier invité vient prendre les deux objets : prendre le chashaku de la main droite pour le donner à la gauche puis prendre le chaki de la main droite. Il va s’asseoir et place le chaki en dehors du tatami à sa droite puis le chashaku à droite du chaki (alors que c’était l’inverse lorsqu’il les a pris).
  • Le premier invité prend le chaki, le place entre lui et son voisin de gauche et dit « Osaki ni ». Il le reprend et l’observe. Même procédure que pour l’observation du bol.
  • Ensuite il met le chaki entre lui et son voisin de gauche pour que ce dernier puisse aussi le regarder.
  • Le premier invité prend le chashaku et l’observe sans le mettre sur le sol et sans dire à son voisin « Osaki ni ». Ensuite il le place entre lui et son voisin pour que celui-ci puisse aussi le regarder. On ne touche jamais le chashaku au delà du nœud de bambou, c’est à dire proche de la partie qui est en contact avec le thé.
  • Lorsque tout le monde a pu regarder les deux objets, le dernier invité les rapporte à l’endroit où le premier invité les avait pris. Il doit inverser le sens des objets ainsi que leur ordre de sorte que le maitre de thé les trouve très exactement comme le premier invité les avait trouvés. Dans la pratique vraiment formelle, le dernier invité doit rendre les deux objets au premier invité qui va vérifier leur intégrité par une nouvelle exploration avant de les rendre au maitre de thé. Le premier invité est « responsable » des objets…

 

Important !!! des remarques sur la prononciation du japonais écrit:

  • Un « s » entre deux voyelles se prononce comme un « ss » en français.
  • Le ch se prononce tch et le sh se prononce comme ch en français
  • Toutes les voyelles, même lorsqu’elles se suivent, se prononcent en succession comme indépendantes les unes des autres.
  • Le « h » se prononce comme en anglais.
  • le « e » se prononce « é »

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Famille Takami : une lignée de maitres de thé

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Sen no Rikyu, le grand maitre de thé du XVIème siècle est la source de toutes les écoles de thé au Japon.

Son petit fils Sen Sotan avait 4 fils dont Trois ont fondé chacun une école : Omote Senke, Ura Senke et Musha no koji Senke.

L'enseignement qui a été transmis à Franck Armand, l'a été dans le cadre de l'école Omote Senke par le biais de deux lignées : 

- La lignée des Inoué (Tokyo) : En particulier maitre Yoshiko Inoué avec laquelle il a débuté la pratique.

- La lignée des Takami (Kyoto) dont les photos sont présentées ci-joint : la grand-mère (décédée en 1965), le père (décédé en 2015), le fils et les deux petites-filles qui pratiquent intensivement dans un havre de paix du Nord-Ouest de Kyoto.

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Impermanence et perceptions sensorielles

Vidéo de présentation

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Wabi sabi

La cérémonie du thé ne peut être comprise sans l’introduction de deux concepts essentiels à la fois sur le plan esthétique, philosophique, éthique, et bien entendu spirituel : WABI et SABI.

 Wabi :

Le goût pour les formes austères et dépouillées, si caractéristiques de la voie du thé, est désigné d’ordinaire par le terme de WABI. Si l’on cherche à mieux cerner le sens profond de ce terme, c’est tout un univers qui s’ouvre. C’est un concept difficile à expliquer de façon directe. Le WABI cela se ressent. C’est surtout un vécu, celui par exemple d’un moment passé dans un pavillon de thé… WABI vient de WABISHII, adjectif qui signifie « solitaire, abandonné,… ».

Ainsi dans son acception originelle ce terme évoque la solitude de l’être, la pauvreté des choses. Cependant, au cours de l’histoire de l’art et de la spiritualité japonaise, le sens de WABI a pris peu à peu un sens plus « positif ».

Le terme de WABI tel que l’utilisait Sen no Rikyû au XVIème siècle pourrait être rendu par l’expression « simplicité rustique ». Mais WABI n’est pas l’amour esthétique de ce qui est rustique ; c’est un état d’esprit qui se nourrit aux notions de simplicité, de frugalité, d’humilité. Dans le Zen, la pauvreté est un noble idéal ; celui qui se détache de la matière s’ouvre les portes de la liberté qui pourront lui permettre une meilleure compréhension du monde et des êtres.

Ce concept a cependant gardé de son sens originel les notions de solitude et d’isolement. Prendre de la distance, s’éloigner du monde nous met en contact avec ce qui définit WABI. On trouve ce terme exprimé dès le XIIème siècle dans le Tsurezure Gusa de Yoshida Kenkô. WABI est donc aussi profondément lié à la tradition japonaise de l’ermite, loin des conventions sociales, isolé des autres et immergé dans la nature. Nous ne pouvons faire l’expérience de WABI qu’une fois l’esprit libéré des influences et des attentes qui nous assaillent lorsque nous sommes au sein de l’univers social.

Sur un plan plus esthétique, le WABI c’est le dépouillement des formes et des matières ainsi que la sobriété des couleurs. Il indique une préférence pour la pauvreté par rapport à la richesse, pour l’irrégularité par rapport à la régularité, pour l’asymétrique par rapport au symétrique. Être au plus proche du naturel, pour se donner la possibilité de percevoir l’esthétique spécifique du vivant lorsqu’il s’exprime librement. L’artiste habité par le WABI ne crée pas seul ; il sait que l’impact de ses créations est décuplé lorsqu’il est à l’écoute de la nature et qu’il co-crée avec elle. Cela donne à son art, une universalité en laquelle chacun peut se reconnaître.

Sabi :

SABI vient de l’adjectif SABISHII qui a tout à fait le même sens que WABISHII. Ainsi, le sens de SABI est presque indissociable de WABI. Ils sont très proches avec cependant une nuance. Sur le plan spirituel et esthétique, SABI exprime le goût pour les choses qui portent la marque du temps. C’est la patine qui donne vie aux objets. Mais c’est aussi la décomposition ou le renouveau. SABI représente un état d’éveil et de sérénité face à la fugacité de l’instant et l’instabilité du monde. Sen no Rikyû aimait à citer ce poème représentatif de la sérénité qui peut être atteinte par la pratique de la voie du thé :

« Je ne vois autour de moi 
Ni fleurs, ni feuilles rougies par l’automne 
Près de la cabane au toit de chaume 
Qui se tient solitaire sur le rivage 
L’automne s’enfuit… »

Ce poème pourrait nous laisser sur une impression mélancolique… Mais SABI n’est pas l’ordre du psycho-émotionnel. SABI c’est utiliser chaque élément d’expérience quotidienne pour remonter à la perception profonde de l’impermanence. Ainsi, SABI peut être, tout aussi bien, la fine capacité à percevoir le renouveau :

« À celui qui se languit 
Des fleurs de printemps 
Montre les jeunes pousses 
Qui sortent dans les collines enneigées »

 Adhérer à cette idée profonde de SABI, c’est reconnaître sereinement l’impermanence des choses, et goûter le temps qui passe…

WABI/SABI expriment ensemble la capacité à percevoir le vivant dans son essence, capacité qui amène naturellement à une neutralité d’esprit et une perception de l’impermanence d’une incommensurable profondeur. La tranquillité et la pureté du cheminement du Zen, en particulier celui de la voie du thé, vont de pair avec la perception d’une dynamique profonde : celle de la Vie.

 

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Livre : La cérémonie du thé, un art de la relation

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Pratique millénaire née en Chine, la cérémonie du thé s’est épanouie au Japon. Depuis le XVèmesiècle, elle exerce un impact décisif sur la politique, la culture et la société de ce pays. Cette pratique quotidienne de l’esthétique et de la spiritualité orientale enseigne avant tout l’art de la relation ; qu’il s’agisse de la relation à soi, à l’environnement ou aux autres.

Elle développe la sérénité en apportant tous les avantages de la méditation.

Elle instaure un lien d’harmonie avec l’environnement et la nature.

Elle conduit au juste respect de l’autre et permet d’améliorer les liens entre les partenaires, les collaborateurs, les amis.

Par un récit vivant et concret, Franck Armand nous guide à travers les subtils enseignements de cette pratique ancestrale et porteuse d’avenir. 

Editions jcgodefroy, 2010, ISBN : 978-2-8655-3221-6

Ouvrage en vente sur Amazon ou la FNAC

 

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その道に入らんと思う心こそ我が身ながらの師匠なりけれ

 

Que le coeur qui veut entrer dans cette voie soit votre seul maitre

Sen no Rikyu